«Le groupe se compose de cinq musiciens plus le percussionniste !». C’est cette phrase assassine prononcée par maints managers fréquentés à ses débuts, qui a incité Guem à concevoir des spectacles dans lesquels seules les percussions ont leur mot à dire. Depuis l’époque lointaine, à la fin des années soixante, où cet algérien d’origine nigérienne fait ses premiers pas sur la scène du Centre Culturel Américain de Paris, il ne cesse d’alimenter le dialogue entre toutes les musiques. De la transe gnawa à la salsa, du rythme yoruba au jazz, il ne rejette aucune pulsion, qu’il assimile avant de les réadapter en un langage inédit. Lorsqu’il arrive au Brésil en 1981 pour une tournée de deux mois, cet ancien footballeur est forcément subjugué par le pays de Pelé et de la samba. Il y découvre les rythmes locaux, s’en imprègne et les réinterprète immédiatement avec tant d’originalité qu’on l’invite à dispenser des cours. Son séjour s’étire alors de quatre autres mois. L’album O Universo ritmico, qui témoigne de sa vision du Brésil, est l’un de ses disques les plus populaires. Il sera réédité en CD au courant de l’année prochaine. Où qu’il aille, Guem enseigne les percussions qu’il lie systématiquement à la danse, art dont il est également un fin praticien. Après avoir fait le tour du monde et des styles en accompagnant des personnalités aussi diverses que Steve Lacy, Michel Portal, Memphis SlimBob, Guérin Anthony Braxton ou Colette Magny, Guem est remis au devant de la scène par les nombreux DJ’s techno qui ont usé jusqu’à la moelle ses vieux vinyles. Sa composition «Le serpent» sert également de générique à l’émission de Jean-Luc Delarue «Ca se discute». Guem, s’il accueille aujourd’hui les ténors du remix sur ses albums, prouve aussi qu’il n’a rien à leur envier en matière de transe contemporaine. Il a enregistré seul son dernier album Roses des sables en associant un rôle spécifique à chaque percussion. Il crée une musique hypnotique et onirique qui n’appartient qu’à lui. Lorsque l’on demande à cet insatiable curieux quelle percussion fut sa dernière découverte, il répond, non sans nous surprendre : «Le corps, parce que le corps est la première et la dernière percussion, celle avec laquelle tout commence et tout se termine»
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